version abrégée de la contribution de Roger CORNIBÉ au colloque du Millénaire de St Sauveur.
Un document relatant un différend à propos de la dîme de Bonmoutier nous fait supposer l’existence d’un lieu de culte dans ce village dès 1195.
Le village et l’église au début du XVIIIe siècle
Petitmont, n’ayant pas d’église, était considéré comme une annexe de Bonmoutier. Les paroissiens de ce village descendaient dans la vallée pour assister aux offices religieux. En échange, depuis une date inconnue, les habitants de Bonmoutier avaient exigé que ceux de Petitmont leur cédassent une bande de forêt longeant le ruisseau appelée Bornabois.
Un plan retrouvé aux archives départementales nous fait découvrir une église qui semble être bien antérieure au XVIIIe siècle.
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Eglise et cimetière avant reconstruction (A.D. 54: H 1464) |
Premières difficultés avec Nicolas François Allaine
Mathias Allaine, abbé de Domèvre, nomma son frère à la cure de Bonmoutier-Petitmont en 1696. Les dîmes de cette double paroisse se partageaient entre le baron de St Georges pour les trois quarts et le duc de Lorraine pour le reste, avec obligation pour les décimateurs de fournir au curé la portion congrue (300 livres/an). Par générosité le baron abandonna au chanoine la totalité des dîmes qui lui revenaient. En 1703 fut décidée la construction d’un presbytère; N. F. Allaine y résida seul jusqu’en 1727 puis avec son vicaire François Evrard, également chanoine régulier de Domèvre. A cette époque, le choeur de l’église demandait à être réparé. On s’adressa au curé en sa qualité de décimateur. Il refusa, prétextant qu’il ne percevait que la portion congrue. Finalement, pour éviter une dégradation accrue, les habitants entreprirent les réparations à leurs frais.
Peu de temps avant sa mort, le curé Allaine avait émis le souhait de laisser aux pauvres et à la fabrique de l’église ce qu’il possédait, ainsi que 800 livres au cas où un nouvel édifice serait construit. Ce vœu resta sans suite. François Evrard lui succéda de 1731 à 1734 puis administra Petitmont nouvellement érigé en paroisse avec l’accord de l’évêque de Toul.
Nouvelles difficultés (1734-1738)
De graves avaries de toiture et de la nef furent la cause de nombreuses confrontations au baillage de l’évêché de Metz à Vic.
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le 29 janvier 1735, les chanoines (y compris le curé Evrard) se virent condamnés aux réparations mais refusèrent le jugement. Le prince Marc de Beauvau, baron de St Georges consentait à ne payer que sa part en tant que décimateur de dîmes inféodées1.
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le 25 juin 1735, les religieux présentèrent aux conseillers de Vic un inventaire pour leur défense contre les habitants de Bonmoutier, prétextant que ces derniers avaient pris à leur charge les réparations en 1724, ce qui était un aveu et une reconnaissance de leurs obligations. Quant aux 800 livres, il ne s’agissait que d’une supposée promesse...
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le 29 septembre 1735, on plaida la cause des habitants qui resta sans suite.
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le 31 mai 1736, nouvelle offensive des religieux au baillage de Vic contre les villageois et contre le curé de Petitmont, Evrard, qui avait eu la malencontreuse idée de prendre parti pour ses anciens paroissiens puisque les chanoines étaient en possession de l’héritage de feu le père Allaine. Un fait nouveau apparut alors: depuis longtemps le duc de Lorraine avait fait don de son quart de dîme au baron de St Georges. Le maire et les échevins se tournèrent vers lui, il leur répondit que pour entreprendre les travaux, il fallait d’abord épuiser les dîmes ecclésiastiques "avant de toucher aux inféodées".
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le 12 juillet 1736, les chanoines firent part aux lieutenants généraux de leur état de victimes d’un acharnement visant à les obliger à payer les ouvrages, ajoutant que la communauté de Bonmoutier n’a pas un besoin si pressant de réparation : " le curé remplit ses devoirs sans se laisser refroidir par la terreur panique d’éboulement imaginaire".
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le 21 janvier 1737, n-ième requête des religieux au cours de laquelle la cour souleva la question des 800 livres. Une bien petite somme, selon les chanoines, après 50 années de cure! Or, du propre aveu de Nicolas François Allaine, retenu dans un procès verbal de 1731, sa dîme avait produit 700 livres par an au-delà de la portion congrue...
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deux jours plus tard, les mêmes lieutenants recevaient la requête des habitants qui maintenaient l’urgence des réparations à entreprendre par les décimateurs, l’église se trouvant hors d’état d’accueillir les paroissiens.
Le verdict et ses conséquences
Le 29 janvier 1737, l’huissier de la cour condamnait les trois décimateurs aux réparations de l’édifice "menaçant ruine après constat des dommages causés par les pluies tombées dans l’église". Des experts établirent la liste des réparations à exécuter sur la toiture et la nef. Estimant ces travaux trop importants, le prieur décida de ne remplacer que le toit sur la nef existante à la fin de l’année 1738.
Le conflit pour la reconstruction de la nef
Le maire communiqua à la communauté assemblée le 18 avril 1737 le plan de l’église avec la nef à construire sur les mêmes fondations.
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(A.D. 54: H 1464) |
Ce plan ne fut pas réalisé dans sa totalité; les travaux débutèrent fin 1738 et seule la toiture a été réparée. Pour ne pas entreprendre le remplacement la nef, les religieux proposèrent aux habitants la somme de 500 à 600 livres. Désireux d’en terminer et de reconstruire à neuf la nef défectueuse en plusieurs endroits, les paroissiens ajoutèrent 200 livres et proposèrent l’acheminement du matériel. Hélas tous ces engagements restèrent sans suite et les chanoines estimèrent avoir exécuté le traité. Pour éviter une nouvelle visite d’experts, ils incitèrent les villageois à reconnaître la validité de l’ouvrage; l’acte les déchargeant fut signé par Marc Menoux, prieur de l’abbaye de Domèvre, Christophe Marchal, maire et Pierre Marchal, échevin, en présence de douze témoins.
Nouvelles reconstructions de l’église
Les travaux non conformes de 1738 entraînèrent une dégradation accrue. Charles Antoine Messageot, alors chanoine curé de Bonmoutier alerta l’évêque de Toul en 1760; ce dernier délégua le curé de Blâmont accompagné d’experts maçons et charpentiers pour une reconnaissance de l’édifice. L’église fut frappée d’interdit le 15 avril 1761. Le prélat ordonna la démolition du chœur, de la tour, leur reconstruction ainsi que l’agrandissement de la nef. Durant l’interdiction, les paroissiens suivirent la messe... à Petitmont.
Dès avril 1762, les juges du baillage de Vic condamnèrent le chanoine Messageot à entreprendre les travaux nécessaires. On ordonna la saisie de ses dîmes pour une durée de trois ans. Le chœur fut reconstruit en 1763 et le religieux demanda à être déchargé de la nef. Peu soutenu, voire sacrifié par ses pairs lors de son procès, il les fustigea en mars 1764 dans une longue lettre, critiquant leurs agissements et le non respect des ordonnances de l’évêque: travaux exécutés à l’économie, recommandations des experts ignorées, décharge conclue avec les habitants discréditant l’abbaye... Cette missive jeta le trouble dans l’esprit du prieur qui devint plus conciliant, ce qui permit l’achèvement de la nef en 1769. Charles Antoine Messageot quitta Bonmoutier en 1766 pour la cure d’Ibigny.
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Plan de la reconstruction de 1774 (A.D. 54: H 1464) |
Lors de la signification de la fin des travaux le 12 février 1769, les habitants émirent des doutes quant à la solidité de l’édifice et au vu de l’inclinaison anormale du
clocher, ils la refusèrent. Les chanoines n’avaient dès lors plus d’autre choix que de proposer son remplacement "si mieux n’aiment encore les intimés une église à bâtir à neuf.
Présenté aux habitants le 27 février 1774, en présence du sous-prieur de l’abbaye, le plan de la nouvelle église fut homologué par le Maître des Requêtes de Metz le 3 mars. S’en suivit la démolition de l’ancien édifice puis l’édification du nouveau, au même endroit.
L’église actuelle, bâtie en 1774-1775 fut remaniée au XIXe siècle: on ajouta une sacristie accrochée au premier pan de chœur, côté nord et en 1835 on construisit un nouveau clocher. En 1926, une flèche couverte d’ardoises remplaça le toit pyramidal fait de bardeaux.

Roger CORNIBE
Vous pouvez retrouver la version complète de l’article dans la revue Annales de l’Est, n° spécial 2010, p.37-49.




